L'art du portrait en BD #2

Mon ami Dahmer de Derf Backderf

Pour ce deuxième avis parmi notre sélection de l'Art du portrait en bande dessinée, voici la contribution de Mélany qui nous présente cette fois un portrait, glaçant par moment, d'un des plus célèbres tueurs en série américain qui a croisé la route de l'auteur dans sa jeunesse.

Mon ami Dahmer est écrit et illustré par Derf Backderf (un dessinateur de presse et auteur de bandes dessinées américain) publiée en mars 2013 aux éditions Ça et là.

C'est une bande dessinée, mais une bande dessinée documentaire, car l'histoire se base sur un fait divers. L’auteur a un style très personnel, qui ressemble vraiment à du dessin de presse ou à des magazines indépendants, ce qui est tout à fait normal lorsqu’on connaît son parcours. Il n'y a aucune présence de couleur dans la BD à part la couverture qui reste très légèrement colorée, avec une teinte orangée comme pour symboliser les pulsions du personnage principal et peut-être illustrer la part morbide de l'histoire (...)

La jeunesse d'un tueur en série

Derf Backderf a passé son enfance à Richfield, petite ville de l’Ohio située non loin de Cleveland. En 1972, il entre au collège, où il fait la connaissance de Jeffrey Dahmer, un enfant solitaire au comportement un peu étrange. Les deux ados se lient d’amitié et font leur scolarité ensemble jusqu’à la fin du lycée. Jeffrey Dahmer deviendra par la suite l’un des pires serial-killer de l’histoire des États-Unis. Son premier crime a lieu à l’été 1978, tout juste deux mois après la fin de leur année de terminale. Il sera suivi d’une série de seize meurtres seulement sur des jeunes hommes commis entre 1987 et 1991. Arrêté en 1991, puis condamné à 957 ans de prison, Dahmer finira assassiné dans sa cellule en 1994.

Une implacable descente aux enfers

Mon Ami Dahmer est l'histoire de la jeunesse de ce tueur, à travers les yeux de l’un de ses camarades de classe. Précis et très documenté, le récit de Derf Backderf (journaliste de formation) décrit la personnalité décalée de Dahmer qui amuse les autres ados de cette banlieue déshumanisée typique de l’Amérique des années 1970. Dahmer enfant vit dans un monde à part, ses parent le délaissent avant et lors de leur divorce, ce qui submerge Dahmer par des pulsions morbides, fasciné par les animaux morts et, mortifié par son attirance pour les hommes, car il est gay. Personnage fascinant, voire attachant car presque victime de son environnement, Dahmer vit une implacable descente aux enfers vers une folie irréversible.

L'inconscience de ses camarades de classe

En lisant ce roman graphique, on pourrait penser que Derf Backderf porte beaucoup de compassion au tueur. Mais ce n’est pas vrai, et c’est la grande réussite de cette bande dessinée, jamais l’auteur ne prend une réelle position sur le tueur. Il nous livre des évènements factuels, qu’il a recoupés et analysés en retournant dans son lycée, en interrogeant ses anciens camarades de classe ou se plongeant dans les entretiens de Dahmer avec la police. Les seuls moments où l’on a droit à des réflexions personnelles, c’est sur tout ce qui concerne les liens entre les adolescents, la vie au lycée et la méchanceté naïve des adolescents. Derf Backderf nous entraine au bord du précipice, nous fait parfois vaciller, mais ne nous fait pas tomber dedans. Mon ami Dahmer ne cherche pas à flatter l’appétence malsaine des lecteurs pour les tueurs en série. Ce n’est même pas le cheminement de ce garçon livré à ses obsessions morbides, il ne donne aucune excuse à son héros principal. Mon ami Dahmer se contente simplement de décrire de manière objective les éléments et les personnages qui gravitent autour de Jeffrey Dahmer. S’il en tire une leçon, ce n’est pas sur la vie et l’œuvre de Jeffrey Dahmer mais plutôt sur l’inconscience et la légèreté de Derk Backderf et de ses camarades de classe, qui ne se rendent pas compte et s’amusent du fait qu’un de leurs amis est en train de sombrer dans l’alcool et la dépression.

Une histoire fascinante

Bien que Jeffrey Dahmer fut un cannibale nécrophile, qu'il ait assassiné, violé, mangé, découpé et dépecé 17 personnes pour devenir "le cannibal de Milwaukkee ", My friend Dahmer m'a attiré pour son sujet. Les serial killers en film c'est génial, mais en BD c'était une première pour moi ! Il y a véritablement quelque chose de fascinant dans cette histoire, le parti pris de l’auteur, et son style graphique assez unique. C'est une œuvre dont on ne ressort pas indemne et qui s'avère très intéressante dans son propos comme dans son caractère autobiographie/reportage. Si je devais recommander une BD dans le genre fait divers, je recommanderais totalement cette BD !

Mélany S.

Images : © ÇA ET LÀ / Derf Backderf


Retrouvez les bandes dessinées de Derf Backderf dans les médiathèques d'Antony

 

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  1. BD

    clement38000
    Samedi 06/03/2021 à 13:30

     bonjour, il serait interressant de faire une bande dessinée sans visage. je trouve que malheureusement cela ce fait très peu. en meme temps le lecteur pourra utiliser sa propore imagination et coller un visage dans les personnages.. un peu comme les livres.

    clement

  2. Lien croisé

    Anonyme
    Jeudi 25/03/2021 à 16:27

    Site des médiathèques d'Antony : "Cette fois, c'est au tour de Florent qui va nous parler d'une figure du troisième âge de la bande dessinée, Carmen Cru du regrett...mardi 16 mars 2021 15:09L'art du portrait en BD #2"