Château de sable

Pierre-Oscar Levy & Frederik Peeters

Atrabile
2010

Une plage. Son unique baigneuse. Epiée par un type un peu louche, embusqué dans la falaise.

Enfin une famille, puis deux.

C’est un débarquement : toute une artillerie de plastique jaillit des coffres des voitures, la place est prise d’assaut et bientôt les touristes y installent leurs quartiers. Sueur qui perle sur les peaux les plus grasses, gravité militante des forcenés du loisir, entrechoc des espaces personnels, et des générations aussi : aux corps flasques des aïeux bornés, répondent avec tout autant de mollesse les grognements des adolescents à l’oralité et la sociabilité pâteuses. Entre les deux petits groupes sur la plage abandonnés, si semblables et néanmoins voués à se gêner, la petite comédie de la promiscuité se met en place, avec ses formules de politesse convenues, et sans attente de retour. Tiens, la baigneuse, elle, a disparu…

Point de départ.

On ne sera pas étonné d’apprendre que l’histoire imaginée par Pierre-Oscar Levy (réalisateur de nombreux documentaires) était, à son origine, destinée au cinéma. Finalement, c’est une BD ! Pas n’importe qui au dessin : Frederik Peeters, qui a marqué les esprits avec son autobiographique et intimiste Les pilules bleues. Toutefois, c’est en fin de compte une véritable pièce de théâtre, une sorte de Huis-clos-Les-Bains, qui se joue sous nos yeux : unité de lieu, de temps; l’action, quant à elle, est l’œuvre d’un deus (ou plutôt diabolus) ex-machina, qui se contrefiche de la convention selon laquelle il lui faudrait attendre la dernière scène pour intervenir dans les affaires humaines. Car cette journée à la plage sera bien singulière... mais dans la définition que la science-même donne du mot “singularité”.

Par sa puissance métaphorique, Château de sable renverra certainement tel lecteur à l’Ionesco de Rhinocéros, tel autre au souvenir des Chroniques martiennes ou de la Quatrième dimension: c’est que les deux, théâtreux et fan de SF à portée sociale, peuvent trouver terrain d’entente, car les lois de la métaphysique y seront les mêmes pour tous.

Et ce n’est pas sans lui avoir administré, tel un uppercut, une stupéfiante et glaçante dernière image que ce Château de sable libère son visiteur et le restitue enfin à sa condition. Humaine.

Vulnerant omnes, ultima necat.

Retrouvez cette BD dans les médiathèques d'Antony


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