Retour sur l’exposition et la rencontre avec Marc Mosnier

L’exposition Marc Mosnier a quitté la médiathèque Anne Fontaine, laissant les murs de la salle polyvalente étrangement orphelins. Nous avons eu la chance d’accueillir un beau choix d’œuvres originales de l’artiste. Illustrateur professionnel depuis 1989, il a travaillé pour le monde de l’édition, de l’entreprise (création de logos), de la presse, de la publicité.

Les peintures exposées étaient représentatives des divers types de commande que reçoit Marc Mosnier. Il était là samedi 29 février pour nous expliquer son parcours et sa façon de travailler.

Marc, contrairement à beaucoup d’illustrateurs aujourd’hui, ne travaille pas avec des logiciels de dessin. Tout est fait à la main « à l’ancienne » avec de la peinture acrylique qui a un côté brillant et vivant que n’a pas la gouache. Il a toujours voulu faire du dessin son métier et après un accident de parcours (études de droit !), il a perfectionné ses talents aux côtés de vieux illustrateurs. Puis, pour se faire connaître, il a démarché les éditeurs avec ses dessins sous le bras !

Sa conviction est qu’il est toujours possible de progresser. Même si avec l’âge on progresse moins techniquement, on peut toujours progresser intellectuellement.

En tant que breton, il aime les univers des légendes celtiques, ceux des Korrigans et des fées. L’illustration d’œuvres fantastiques et de science-fiction a sa préférence car elle permet de donner vie à des univers d’une grande richesse. Pas étonnant que l’un de ses plus vieilles illustrations soit la couverture de The Hallowing de Robert Holdstock avec la cathédrale de Dol de Bretagne envahie par la végétation.

Autre thème représenté dans l’exposition, celui des contes et légendes : Très proche du fantastique, cet univers trouve sa source dans des légendes immémoriales. Les lavandières de la nuit sont une légende que l’on retrouve dans toute l’Europe et pas seulement en Bretagne. Les nuits de pleine lune, les lavandières de la nuit lavent leurs draps dans des fontaines isolées. Le voyageur imprudent qui les rencontre est invité à les aider à les essorer. Celui qui ne tord pas le linge dans le même sens qu’elles est condamné à les rejoindre dans le royaume des morts. Cette illustration est celle de l’affiche de l’exposition en début d’article.

Marc crée aussi pour des jeux de rôles des créatures mi-hommes, mi-animaux comme ce renard dandy magicien pour Unknown-Tréa. Ce travail nécessite de très nombreux crayonnés car chaque personnage doit coller parfaitement au scénario du jeu. L’auteur et l’illustrateur donnent vie ensemble à leurs créatures.

En ce qui concerne les illustrations historiques son avis est qu'aujourd’hui les couvertures illustrées sont plutôt rares en matière de livres historiques, le monde de l’édition préférant des reproductions de documents ou des photos mais certains éditeurs aiment encore faire appel aux illustrateurs. Le travail de ce dernier s’effectue en ce cas en étroite collaboration avec l’auteur et exige de beaucoup se documenter afin d’éviter les anachronismes.

 

Aspect non moins important du métier d’illustrateur : la création d’identités visuelles pour les entreprises ou les particuliers, autrement dit l’illustration commerciale.

Panneau d’accueil à l’entrée d’une ferme bio à Quimperlé

Enfin ne manquons pas d’évoquer le pastiche pour lequel Marc excelle tout autant. Vitraux, Jeanne d’Arc, représentations de personnages religieux ou historiques…

Nos années françaises de Marie Hart raconte le quotidien d'une famille alsacienne dans les années qui ont suivi la Première Guerre mondiale.

Pastiche de Jean-Marie Waltz dit Hansi (1873-1951)

Auparavant il était fréquent de confier l’original à l’éditeur qui le scannait avec le risque d’endommagement que cela comportait… aujourd’hui Marc fait faire une photo numérique de plusieurs millions de pixels avec 2 lumières de 800 watts de chaque côté à 45 degrés. Pour créer un dessin de grande taille, il faut compter 10-15 jours de travail non-stop. On est sur une temporalité qui n’est plus adaptée à notre époque. Il tient bon face à des impératifs marketing qui dévaluent l’art de l’illustration, avec des illustrateurs qui font toujours plus vite et plus plat. Dessiner pour Marc c’est visiblement entrer en rêve et y entraîner son public. Il veut rester en Free lance et garder sa liberté, il a suffisamment fait ses preuves pour pouvoir se le permettre. Marc enseigne dans deux écoles, il aime transmettre sa passion, et lors de la rencontre, de nombreux étudiants étaient venus l’entourer. Son grand regret est de ne pas pouvoir passer plus de temps avec eux pour leur offrir un enseignement vraiment approfondi.

Encore un grand merci à Marc Mosnier pour cette belle exposition et de s'être prêté au jeu des questions réponses avec le public venu le rencontrer.


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