Généalogie de la Funk

Depuis plus d’un demi siècle et à travers moults styles la Funk n’a jamais cessé de vivre et de se réinventer. Musique de danse et de clubs, medium politique, colonne vertébrale des premiers enregistrements rap, c'est désormais une fringante quinquagénaire dont les formes d’expressions sont multiples.

Au départ et dés la fin des années 60, la soul « protocolaire », en droite ligne des églises noires américaines, se trouve abâtardie et dépouillée de ses oripeaux religieux. Des artistes comme Eddie Bo, Sly Stone, et bien sûr l'immense James Brown, vont de fil en aiguille s’éloigner des canons en vigueur pour élaborer une soul 2.0. Le rythme devient plus dansant, moins linéaire, y apparaissent des contre-temps et des « breaks », des passages souvent instrumentaux qu’on pourrait rapprocher des refrains. Les instruments à cordes alors pléthoriques dans la soul ont tendance à disparaître. Les batteurs et bassistes rivalisent de virtuosité pour propulser les morceaux dans un autre univers tandis que l'innocence naïve des textes soul est gommée au profit d'un champ lyrical plus noir, manière de rappeler les difficultés de la communauté noire aux Etats Unis. Ou d'évoquer, comme Fela Kuti, les gabegies des dictatures Africaines en place.

Les années 70 voient éclore un véritable âge d’or de la funk, et une flopée de musiciens va s’engager sur les traces de ce nouveau style musical pour y graver des morceaux de bravoures. Jusqu’aux cadors du métier, comme Miles Davis sur l'album « On the Corner », qui prennent eux aussi le train en marche. Nombre de formations de l'époque vont en écrire les plus belles pages ; qu’elles soient de longue durée, à l’instar des Meters de la Nouvelle Orléans, ou de simples météores, comme les centaines de groupes ayant parfois gravé moins d’une dizaine de morceaux avant de disparaître corps et âmes.

Dans les années 80, la Funk ne survit que grâce à une poignée de clubs et d'émissions radio spécialisées. Car l'époque est au rock, à la variété FM, et à de nouvelles musiques de danse telles que la house ou la techno. La Funk se ringardise, mais une poignée de musiciens, essentiellement Britanniques, commence à proposer une relecture du genre. C'est l'arrivée d'un style, l'Acid Jazz, empruntant énormément à la funk vintage. Les Brand New Heavies, Jamiroquai, Incognito, Brooklyn Funk Essentials, installent le son funky sur les rails de la modernité. Les musiciens du rap vont eux aussi se pencher sur ces sons de la vieille école et ainsi conférer une hype parfois démesurée envers de vieux albums oubliés. Les collectionneurs se feront ainsi une joie de spéculer suivant la rareté et l’intérêt musical des œuvres.

La vivacité de la funk contemporaine s'exprime désormais à travers différente tendances. De Bruno Mars, qui ne s’interdit pas les passerelles avec la pop ; aux chanteuses à voix comme Amy Winehouse ou Sharon Jones. De plus modestes formations apportent elles aussi leur pierre à l’édifice, citons pêle-mêle les Psychic Mirrors ou The Budos Band, ayant toutes deux plusieurs albums à leur actif.

Pour vous donner une bonne vision globale de toutes les chapelles qui composent la funk, la médiathèque Anne Fontaine vous propose cette sélection de CD, disponibles dans notre espace Musique et Cinéma. De nombreuses autres références sont disponibles dans notre section Soul/Funk, qu’il s’agisse d’albums d’époque ou de compilations offrant un panorama du genre. 


The Very Best of the Meters (1997) : Un disque essentiel pour se frotter à l'oeuvre d'un des groupes étalons du genre. Les Meters jouent une funk des plus old school qui ne manquera pas de provoquer en vous d'intenses secousses vertébrales. New Orleans groove !!



Maceo & All the King's Men «Doin their own thing » (1971) : Le saxophoniste de James Brown a passé quelques coups de fil en vue d'inviter ses amis musiciens à une jam session dont vous êtes le héros. Le Jazz n'est jamais bien loin, car les vieux briscards que vous entendez là ont des milliers d'heures de vol en studio.


KC and the Sunshine Band (1975): Deuxième album du mythique groupe de Miami, une funk ensoleillée et uptempo jouée pour être dansée. Le résultat final est assez proche de la Disco et mérite à plus d'un titre de figurer dans cette liste.



Parliament «Mothership Connection» (1975): George Clinton et ses parlementaires explorent les galaxies d' une funk afrofuturiste et psychédelique. Certains auront parfois du mal à suivre ces étranges circonvolutions musicales, d'autres seront emballés par ce fourmillement créatif foutraque. Mais toujours Funky.


Menahan Street Band «Make the road by Walking» (2008) : L'un des groupes incarnant parfaitement la relève de la funk. 10 plages exclusivement instrumentales destinées aux amoureux/ses des grooves lancinants. Un des albums de funk post an 2000 les plus salués par la critique.

 

Jamiroquai «Synkronized» (1999): Déjà un quart de siècle que Jay Kay et sa bande sont dans le métier, c'est vous dire le sérieux de la maison. La recette pour de bons hits bien funky est toujours au rendez vous sur ce 4 ème album du groupe.



Sharon Jones & the Dap-Kings «Naturally» (2005): La regrettée Sharon Jones n'était qu'une employée de banque lorsque les patrons du label Daptone l'ont convaincue du bien fondé d'une (trop courte) carrière discographique. Elle eût tout de même le temps de marquer le genre grâce à une interprétation et un timbre la plaçant immanquablement dans la catégorie des grande Divas.

Shaolin Temple Defenders «From the Inside» (2013): La funk Française est là depuis le début, elle n'a jamais cessé de combattre et d'apporter de multiples pierres à un édifice complexe. A écouter pour le côté péchu des compositions, parfois mélées à des reprises de standards de la grande époque.

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