Le diable de Monsieur Waï

Voilà une histoire qui se déroule dans les mers de Chine, loin, loin, très loin de nous.
Kin et Jen ont 8 et 7 ans quand s’ouvre l’histoire. Ce sont 2 frères inséparables, les aînés d’une fratrie de 7 enfants.  Ils vivent sur la petite île de Yun, qu’ils connaissent comme leur poche. Une petite île de pêcheurs qu’aucun habitant n’a jamais quittée. Ils vivent dans une extrême pauvreté, ne mangent pas à leur faim, mais ils sont heureux, paisibles et libres.

Jusqu’au jour où Monsieur Waï, un commerçant du continent, les achète à son service…

 


Commence alors un vrai périple pour les deux petits, déracinés de leur île, perdus, apeurés par cet homme qui invoque le diable à chaque colère ou mécontentement. Le diable, les enfants ne savent même pas ce que c’est. Le continent, ils n’y ont jamais mis les pieds. Une maison de pierre à plusieurs étages, comme celle où vit Monsieur Wai, ils n’ont jamais vu ça. Ni de lunettes de vue, ni de chevaux !

Heureusement, Kin et Jen sont ensemble et ont trouvé un talisman, un couteau de nacre qui saura les protéger. Complètement abandonnés à leur propre sort, ils vont s’accrocher à des superstitions, des signes envoyés par la mer, le ciel, pour se redonner du courage. Et heureusement, leur effronterie spontanée, leur finesse d’esprit, mais aussi la naïveté de leur jeune âge vont les accompagner pour surmonter leurs peurs. Une peur difforme, multiforme, celle de l’inconnu, celle de cet homme, Monsieur Wai, du diable qu’il ne cesse d’invoquer, et du secret qu’il cache et qui le rend aussi mauvais.

 

Ce roman pour jeunes lecteurs traite de thèmes que l’on trouve plus couramment dans la littérature générale : voici le destin de deux enfants arrachés de leur terre natale pour arriver chez un homme qui les pensait si ignorants qu’il espérait en faire deux esclaves dociles, admiratif de ses richesses et de son pouvoir apparent. Cet homme, colérique et malheureux, cache une histoire personnelle dramatique, et le récit aborde d’une manière fine et originale la question du deuil.

Enfin, le roman propose une écriture d’une qualité rare, faisant éclater le carcan dans lequel on réduit souvent l’écriture pour la jeunesse. Le texte est beau, riche d’images et de sonorités. Le récit est nourri de vocabulaire peu courant, qui renouvelle nos champs lexicaux et ravit l’oreille.

Nous voilà face à de la vraie littérature. Jean-François Chabas est aussi un auteur de littérature pour adultes, et on sent qu’il aborde l’écriture pour la jeunesse avec la même exigence. C’est un grand nom de la littérature jeunesse, souvent montré du doigt pour la complexité de ses récits et l’élitisme de sa langue : Le diable de Monsieur Wai vous attend pour vous prouver qu’on peut être un lecteur exigeant sans être un lecteur vétéran. Et vous faire vivre une très belle aventure.

Pour tout bon lecteur, dès 10/11 ans.

 

PS : on se questionnera sur cette nouvelle édition du titre porteuse d’une nouvelle couverture, peut-être plus attirante d’un point de vue marketing, mais tellement moins forte…


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