Islamisme, salafisme, djihâdisme…Vidéo de la conférence

Samedi 3 décembre 2016 la médiathèque Anne Fontaine accueillait Anne-Clémentine Larroque pour un captivant débat dont le thème était : « Islamisme, salafisme, djihâdisme…y voir plus clair ».

La salle était comble, ce qui montre à quel point ce sujet répond à nos questionnements et à nos craintes par rapport à la montée actuelle de l’islamisme radical.

Anne-Clémentine Larroque est analyste en géopolitique. Historienne de formation, ancienne enseignante dans des zones d’éducation prioritaire à forte communauté musulmane, puis chargée de mission à l’Institut du Monde arabe, elle est actuellement chercheur associé au CEDEJ - Centre d'Études et de Documentation Économiques, Juridiques et sociales- et maître de conférences à Sciences Po. Enfin, elle travaille au sein d’une cellule au Ministère de la Justice.

Elle nous a offert sa vision extrêmement documentée et non partisane de cet islam polymorphe. Vous pourrez retrouver l’intégralité de sa conférence dans l’enregistrement vidéo suivant :

Sa première mise en garde a été de nous encourager à ne pas faire d’amalgames.

Elle a illustré son propos en s’appuyant sur son premier ouvrage "Géopolitique des islamismes" qui permet de distinguer l’islam, religion prêchée par Muhammad de l’idéologie islamiste qui se divise en islamisme politique et islamisme radical.

-L'islam correspond à la religion monothéiste numériquement la plus importante au monde aujourd'hui, mais chronologiquement la dernière apparue après le judaïsme et le christianisme. Les Sunnites sont majoritaires tandis que les Chiites sont une branche minoritaire.

-L' «islamisme politique» est une idéologie née au XIXème siècle en réaction à la domination occidentale. Les Frères musulmans ont pour but de mettre en place des cadres politiques islamiques soit par la révolution (Iran) soit par les urnes (Turquie, Maroc).

-En revanche l’« islamisme radical » ou djihâdisme est un islamisme violent qui prétend vouloir mettre en place une idéologie par des attentats et la terreur.

-L’«islamisme de prédication» est représenté par les salafistes. La chose politique et la violence ne les intéressent pas. Ils se considèrent comme missionnaires et prônent le rigorisme et le respect aveugle des lois du Coran.

Comment l’islam s’est-il radicalisé ?

En savoir +
Le Figaro, no. 22170
Le Figaro, jeudi 19 novembre 2015, p. 18
Les abonnés à la médiathèque peuvent accéder à cet article que Clémentine Larroque mentionne au début de sa conférence en allant sur notre site, dans ressources numériques, Europresse.

C’est une longue histoire fort complexe qui prend ses racines à l’issue de la première guerre mondiale. Le Traité de Sèvres conclu en 1920 entre les alliés (France, Russie, Royaume-Uni puis Etats-Unis) et l’Empire ottoman a en fait abouti à la chute de ce dernier.

Les mouvements islamistes sont connus depuis les années 1970 avec la révolution iranienne et la guerre soviéto-afghane.

Les dictatures, la guerre froide etc…n’ont pas laissé de place à l’islam politique, et c’est ainsi que, ne pouvant émerger, il s’est radicalisé.

L’histoire coloniale a aussi joué un rôle, en particulier la politique algérienne du FLN et son discours anti-français qui a impacté les esprits.

Aujourd’hui, ce qui entraîne la radicalisation, c’est le flou identitaire dans lequel se trouvent les jeunes générations. Ils se sentent étrangers partout, ce sont des « ni-ni » (ni français, ni arabes). Les structures familiales sont minées. Ces jeunes sans repères sont en colère sans savoir souvent pourquoi et répercutent leur haine en s’attaquant au système.

Anne-Clémentine Larroque nous explique alors que ce sont les petits délinquants entre 15 et 25 ans qui passent au djihâdisme. Les grands voyous restent des grands voyous ; ils ont leurs propres codes.

En arrière-plan, des organisations radicalisent les immigrés en diffusant un discours très communautariste et manichéen. Face au désenchantement, il est possible de devenir un héros en sacrifiant sa vie au nom d’Allah. L’islamisme se développe dans les fractures de la société :

-en France, on connait les 2 principaux territoires d’incubation : la prison et l’école. On paye le manque de fermeté des 20 dernières années. D’après madame Larroque, le terrain à soigner est l’école car la famille est en déliquescence.

-les états en guerre ouverte sont aussi un excellent terreau d’infiltration (Afghanistan, Irak, Lybie...) et autre lieu d’incubation

Face à ses discours radicaux, nos médias offrent souvent une vision réductrice de l’islamisme qui n’arrange rien. Malgré la présence d’intellectuels comme Tahar Ben Jelloun et quelques autres, l’islam modéré manque de porte-parole. Anne-Clémentine Larroque déplore que Tariq Ramadan soit celui en lequel se réfèrent beaucoup de jeunes musulmans. Pour lui l’islam doit s’imposer par le combat culturel et la religion du prophète doit infiltrer la société française pour mieux la régénérer en la guérissant de son nihilisme matérialiste.

Les structures de déradicalisation sont seulement un maillon de solution. L’enjeu essentiel est de s’appuyer sur des personnes nuancées et informées qui puissent contribuer à faire le pont entre les deux cultures.

Seule la connaissance aidera à passer du « global » au « glocal » penser le problème dans sa globalité tout en agissant localement.

A voir aussi :
Anne-Clémentine Larroque : "Géopolitique des islamismes",
Collection Que sais-je ? , Paris, Presse Universitaire de France, 2016, 128 p.


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  1. Lien croisé

    Anonyme
    Mardi 03/01/2017 à 11:39

    Site des médiathèques d'Antony : "chèques Lire !Amateur de frissons, de découverte, de roman psychologique ou historique, de b...vendredi 30 décembre 2016 18:13"